Armée du Salut

L’accueil de l’étranger, un état d’esprit Les défis pour l’Église concernant l’accueil de l’étranger sont de premier ordre. Ils sont même à redécouvrir et à inventer constamment. Les disciples de Jésus-Christ sont appelés à s’interroger sur leurs pratiques en matière d’hospitalité. Celles-ci sont de toute manière à repenser par rapport aux débats actuels sur l’immigration et face à la montée, ça et là, du populisme en Occident. L’étranger, hôte ou ennemi ? Le concept d’hospitalité renvoie d’emblée à la manière dont on perçoit l’étranger. Le mot français « étranger » est formé à partir de l’adverbe latin « extra » qui signifie « en dehors » , extérieur à notre milieu. Mais en latin, il y a deux mots pour désigner l’étranger : « hospes » , l’hôte, l’inconnu qui reçoit l’hospitalité, et 1 Malachie 3. 5 2 Hébreux 11. 13 ; 1 Pierre 2. 11 3 Matthieu 25. 35-45 des pratiques étrangères au culte du Dieu vivant. Quant aux chrétiens, de par leur foi en Dieu, ils sont présumés eux-mêmes étrangers aux ambitions et aux vanités de ce monde, « étrangers et passagers sur la terre » 2 . Un regard d’humanité Dans ses derniers discours, Jésus dénonce ouvertement le refus de l’hospitalité à l’égard de l’étranger, s’identifiant lui-même à la personne en détresse 3 . Ainsi, l’accueil découle de la reconnaissance de sa propre humanité, au même titre que celle de l’autre. Au niveau de la nation, l’état organise une hospitalité institutionnelle (services et centres d’accueil, dispositions administratives, etc.). Beaucoup de particuliers s’investissent dans le cadre associatif. Certains s’impliquent directement en accompagnant ou en accueillant eux-mêmes un ou plusieurs réfugiés. Et l’Église, c’est à dire l’assemblée des croyants, ne peut pas manquer à son devoir. Les Saintes Écritures recommandent l’accueil et le respect de l’être humain même s’il nous est étranger. Outre les injonctions du Christ lui-même, l’auteur de la lettre aux Hébreux rappelle ce devoir, évoquant les trois inconnus accueillis par Abraham qui s’avérèrent être des envoyés de Dieu. Pour nous croyants, au-delà de l’aide matérielle et morale, le principal défi consiste à reconnaître le Christ en la personne de l’étranger. Ce regard détermine toute notre attitude, sans faire d’angélisme ni de populisme. Major Jean-Claude Ngimbi Directeur du service d’accompagnement spirituel « hostis » , l’inconnu considéré comme hostile. Le sens du mot étranger dépend donc du regard que l’on porte sur l’individu et des intentions qu’on lui prête ou qu’il manifeste. La question de l’étranger est récurrente dans la tradition biblique. Le peuple élu est à l’origine un peuple migrant. Dans son histoire, il a connu l’exil. Les Hébreux, fuyant la famine, se réfugient en Égypte ; ils y seront réduits en servitude. Plus tard, ils connaîtront la déportation à Babylone. Après la naissance de Jésus, Marie et Joseph devront fuir en Égypte pour sauver la vie de l’enfant. C’est donc à plus forte raison que la loi de Moïse protège l’étranger, le réfugié, au même titre que la veuve et l’orphelin 1 . Par contre, les Israélites sont toujours mis en garde de ne pas se laisser détourner de leur attachement au Dieu unique par DOSSIER L’accueil de l’étranger 3

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