Armée du Salut

« (...) l’étranger, parce qu’il est autre, devient comme une piste ouverte dans le cycle quotidien d’une vie. » Soi-même et l’étranger Il n’est jamais facile de faire face à l’inconnu. Ainsi en est-il à l’égard de l’étranger, cet inconnu dont on ne sait rien, sinon qu’on ressent qu’il n’est pas comme nous ou, à tout le moins, que cette différence ressentie occulte ce qui nous rassemble : le frère ou la sœur en humanité. Et pourtant, la vie est ainsi faite qu’en matière de relations humaines, nous devons constamment faire face à cet inconnu : la vie nous emmène souvent loin, là où il faut faire l’effort de rencontrer, de vivre, voire de cohabiter avec de nouvelles personnes. Alors, pourquoi l’étranger ? Est-il celui qui vient occuper l’espace que nous prenons pour nôtre ? En cela, il dérange, sauf si on l’y a invité. Pour autant, que dérange-t-il ? Nos habitudes, nos traditions, notre culture, nos connaissances, bref tout ce à quoi on tient parce que cela nous donne le sentiment d’exister ? Parce qu’il n’est pas comme moi, l’étranger me mettrait en danger. Mais le danger n’est-il pas plutôt de s’enfermer dans ce monde trop bien connu où plus rien ne se passe parce que tout y est prévu et bien rangé ? Le danger n’est-il pas celui de la sclérose parce que rien de neuf ne vient me motiver ? Alors, l’étranger, parce qu’il est autre, devient comme une piste ouverte dans le cycle quotidien d’une vie. L’altérité amène à sortir de soi et à remettre en cause ses certitudes et raisonnements conditionnés par un milieu. L’autre décentre et amène à penser autrement, voire à découvrir du neuf qui permet de vivre enfin. Beaucoup aiment voyager pour vivre un peu d’exotisme. L’étranger « chez lui » a meilleure presse, surtout lorsqu’on l’approche comme un animal à observer, que « chez soi ». Or l’étranger chez soi oblige au partage, à l’échange. Il devient acteur et participe à la richesse commune, non seulement matérielle par sa force de travail mais aussi par son apport culturel, imaginaire, éthique, toutes ces valeurs enfouies sous les satisfactions matérielles. L’étranger est celui qui enrichit le « vivre ensemble » parce qu’il regarde le monde sous un angle différent et apprend à l’autre à le voir différemment. Dans l’Évangile, une étrangère a su changer le regard de Jésus en lui parlant de « petits chiens ! 1 » Au fond, l’étranger est celui qui me construit. Si on n’attend rien de lui, alors, on n’est jamais vraiment soi- même. Lt-Colonel Patrick Booth Secrétaire en Chef 1 Cf. : Évangile selon Matthieu, ch. 15, v. 21-28. Réflexion En Avant Édition trimestrielle de l’Armée du Salut | L’Armée du Salut en France et en Belgique : 60, rue des Frères-Flavien - F-75976 Paris cedex 20 | Tél. : 01 43 62 25 00 | www.armeedusalut.fr | Directeur de la publication : Daniel Naud | Chargée de rédac- tion : Cécile Clément | Édition : Reymann Communication, 32 rue de l’Industrie - F - 67400 Illkirch | Imprimé en France par OTT Imprimeurs : 9, rue des Pins - 67310 Wasselonne | Photos : © Geneviève Engel, Xavier Schwebel, Thibaut Voisin, Seb!Godefroy, Valentina Camu, Romain Staropoli, Guillaume Clément, Pierre-Jean Soller. Dépôt légal février 1882 | ISSN : 1250-6702

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